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MANIFESTE

Nous jetons plus que des objets

Chaque jour, des choses sortent d’usage. Des planchers démontés,
des profilés, des blocs ferraillés, des chutes de découpe, des séries
entières qu’on ne fabriquera plus. Nous avons appris à les traiter :
trier, recycler, réemployer, compter les tonnes évitées. Nous n’avons
pas appris à en faire un récit.


Or cette matière a servi quelque part, à quelqu’un, dans un métier.
Quand elle part, ce qu’elle a vécu part avec elle, et personne ne s’en
aperçoit parce qu’aucun indicateur ne mesure ce genre de perte.
C’est un déclassement, pas une fin.

LA MAIN

Ce regard existe pourtant, et il n’a pas attendu. Dans des ateliers
petits, avec des métiers anciens, des gens travaillent depuis
toujours avec ce que les autres écartent. Ils regardent une matière
assez longtemps pour voir ce qu’elle peut encore, acceptent de se
tromper plusieurs fois, et en tirent des formes que personne
n’avait prévues.


Nous les appelons Œuvriers et Œuvrières, et ce mot ne vaut que s’ils
l’acceptent. Ils sont auteurs de leurs œuvres, seuls et entiers.
Entre ce qui reste et ce qui naît, il y a toujours une main.

LE CREUSET

Une organisation peut ouvrir ses sites, engager une part de ses

équipes, accepter qu’un regard extérieur circule chez elle. Nous

l’appelons alors le creuset : un creuset ne subit pas la

transformation, il la rend possible et il la contient.

 

C’est là que commence la responsabilité culturelle de l’entreprise.

Elle ne consiste pas à financer la culture, mais à faire culture avec 

ce que l’on produit, ce que l’on démonte, ce que l’on quitte. Elle ne se délègue pas plus que les autres responsabilités d’un employeur.

L'ART HoRS LES MURS

Une œuvre qui ne quitte jamais le lieu qui l’a commandée n’a

transformé que son propriétaire. Nous cherchons des sorties : une école, un centre d’art, une association, un territoire.

C’est ce que nous appelons l’Art hors les murs, et nous ne le tenons pour acquis dans aucun programme.

 

L’objet a un propriétaire. Ce qu’il laisse n’en a pas. L’archive et le récit restent consultables, et avec eux la preuve qu’une matière que tout le monde croyait finie pouvait encore servir. CIRCULART travaille à ce que la matière existante devienne un bien commun culturel, accessible au plus grand nombre et pas seulement à ceux qui la possèdent.

 

Un public qui voit une cloison de bureau devenue œuvre ne regarde plus les cloisons de la même façon.

ce À quoi nous sommes liés

Notre raison d’être est inscrite dans nos statuts, avec cinq
engagements que nous rendrons publics chaque année.

 

CIRCULART existe pour faire de la matière existante un
levier culturel. La société conçoit, avec des artistes, des
artisans, des designers et les organisations qui les
accueillent, des programmes où ce qui est déjà là devient
œuvre, archive et récit. Ce qui semblait épuisé retrouve
une trajectoire ; ce qui n’était qu’un flux devient une trace
transmissible.

 

RAISON D’ÊTRE, ARTICLE 4 DES STATUTS

Une leCTURE Nous manque

La matière sortie d’usage est lue de façon linéaire, parfois circulaire,
rarement poétique. Ce n’est pas une insuffisance technique, la
technique est là. C’est une insuffisance de regard. Nous avons des
filières, des taux, des obligations, et aucune langue pour dire ce que
cette matière a été.


Une société qui ne raconte pas ce qu’elle transforme ne transmet
rien de sa transformation. Elle laisse des chiffres à ceux qui viennent
après, pas une mémoire.

REVALoRISATIoN ARTISTIQUE

C’est à partir de là que nous travaillons. CIRCULART appelle

revalorisation artistique l’opération par laquelle une matière

déclassée devient œuvre, archive et récit, sans changer de

propriétaire d’histoire.

​

Nous empruntons ce mot au vocabulaire de la valorisation, et nous

l’assumons. C’est l’adjectif qui déplace tout. Nous entrons dans le

monde du réemploi par la porte culturelle, et nous n’en sortirons pas.

Notre part est de concevoir, de diriger, de produire, de documenter, et

de payer le geste à son prix. Ces programmes sont commandés et

facturés : nous ne vivons pas d’un soutien, nous vivons d’un travail.

Nous ne signons aucune des œuvres que nous faisons naître.

L'ARTCHIVE

Une œuvre se vend, se déplace, se démonte, retourne parfois à la

matière. Reste ce qu’une artiste photographe en a rapporté, depuis le

premier jour du déclassement jusqu’à l’œuvre debout devant un

public. Elle en est l’autrice, elle signe ses images, et elle signe

en Artchiviste.

​

Nous éditons ce qu’elle constitue ainsi, programme après

programme, et nous l’appelons l’Artchive. Elle rend la trajectoire

consultable, citable, opposable à qui prétendrait que rien n’a eu lieu.

Un programme sans elle serait un programme sans mémoire, et

nous n’en faisons pas.

CE QUE nous ne ferons pas

Nous ne fabriquons pas de caution. Quand la matière ne porte rien,

nous le disons et nous cherchons ailleurs plutôt que de produire une

belle image sur un sujet vide.

 

Nous n’engageons pas un Œuvrier sur

une commande qui ne tiendrait pas devant lui. Un programme que

nous ne pourrions pas documenter publiquement ne se fait pas.

REGARDEZ

Regardez ce que vous jetez. Pas pour le garder, pas pour vous en

vouloir : pour voir ce qu’il y avait dedans. Une matière que vous

croyez finie ne l’est peut-être pas, et il suffit souvent qu’une main

s’en saisisse.

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II

III

VII

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